plus d'infos : Ce soir, je dois l'avouer, je me suis demandé l'espace d'un instant - un instant qui a duré près d'une heure, quand même... - quelle drôle d'idée j'avais bien pu avoir de venir assiter à un concert de jazz au Vauban. Pour l'enfant du rock que je suis, habitué au public, aux lumières et aux ambiances un peu déjantées pop'n rock, je suis venu, attiré par la réputation du pianiste dont Libé affirme dans ses colonnes qu'il est "le plus grand pianiste du 21ème siècle" rien que ça. Pour la circonstance, le Cabaret Vauban s'est habillé club de jazz, petites tables et lumière tamisée, silence absolu de rigueur, pour accueillir Bill Carrothers sur une invitation de Penn Ar Jazz. La formation est un septet, un pianiste (Bill) et une formation voix (Peg qui est aussi Madame Carrothers à la ville), violoncelle, basse, batterie, clarinette basse et percussions. La première heure, le répertoire alterne de chansons traditionnelles ("douce nuit") revisitées jazzy et c'est assez plaisant, à des rythmes - comment dire ? - déstructurés, Bill debout frappant de ses poings les cordes du piano, le percussioniste, je devrais dire le bruiteur, l'ambianceur, utilisant des objets hétéroclites (ici un pochon plastique, un plat à tarte retourné rempli de billes, là un tuyau, une boite à meuh...). Bref, tout ce monde s'en donne à coeur joie et j'ai beaucoup, je le confesse, vraiment beaucoup de mal à suivre. Une heure de set et la formation quitte la scène pour revenir vingt minutes plus tard avec un répertoire cette fois résolument jazz. Et là, tout s'illumine et devient clair, limpide. Les musiciens que j'ai plus tôt perçus, la première heure, comme des individualités m'apparaissent maintenant en parfaite harmonie et l'heure qui suit est un véritable enchantement. Dans le milieu du jazz, Bill Carrothers est un type vraiment à part. Tout petit déjà, il détestait les leçons de piano que sa mère lui imposait. Quand on lui parle de technique, ça le fait marrer, il évoque Horowitz dont les mains ne quittaient jamais le piano, suggère d'apprendre à jouer les yeux bandés. Dans une interview Bill disait que pour lui le plus beau compliment qu'on pouvait lui faire n'était pas de lui dire "vous m'avez impressionné" mais plutôt "vous m'avez touché". C'est ça, c'est très exactement ce que j'ai ressenti. Bill Carrothers est de ces types (comme Erik Truffaz) qui font évoluer la vision qu'on peut avoir du jazz. Et puis ce pianiste est définitivement un mec à part, un rebelle, un esprit rock'n roll. Et ça, venant d'un enfant du rock, c'est vraiment le plus beau compliment que je puisse lui faire...
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